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Emploi solidaire : l’expérience de l’éco-hameau de Draguignan.

Ludovic de Lalaubie coordonne le projet d’éco-hameau solidaire Saint-François à Draguignan (83). Suite au recrutement de Jules*, dans le cadre d’un emploi solidaire, il témoigne en tant qu’employeur.

©Association Fratelli-UDV

Comment est né le projet d’emploi solidaire ?

Le projet de micro-quartier au sein de la ville de Draguignan porté par notre association, Fratelli-UDV, propose 39 logements et des activités collectives, prioritairement destinés à des personnes en fragilité sociale ou économique. Il y a notamment des activités autour du jardin. En 2018, nous avons rencontré les équipes locales de SNC qui nous ont présenté le dispositif des emplois solidaires. Nous n’avions pas de poste à pourvoir mais, comme une entreprise à but d’emploi, nous étions prêts à réfléchir à une création de poste si la situation se présentait. Au printemps 2019, nous avons fait la connaissance de Jules qui avait un problème de logement : sans emploi, il n’arrivait plus à payer son loyer. Lui permettre de retrouver un emploi résolvait le problème de logement.

Pouvez-vous évoquer l’emploi solidaire qui a été créé ?

Jules ayant une formation en agriculture, nous avons imaginé un poste où il deviendrait le leader d’un groupe d’habitants intéressés par le jardinage et prendrait en charge des travaux d’entretien. Jules s’est trouvé embarqué sur trois lieux : le hameau, à mi-temps, l’épicerie solidaire, une journée par semaine, et un jardin solidaire à 10 km de Draguignan pour une journée. On a construit l’emploi en mixant ce qui était intéressant pour Jules et les besoins de l’association. L’emploi solidaire a démarré en mai 2019. Au bout d’un an, avec l’aide de Pôle emploi, nous avons renouvelé le contrat CUI en prenant à notre charge la partie revenant à l'employeur. Notre objectif était d’amener Jules, alors âgé de 64 ans, au plus proche de la retraite car il n’avait pas assez cumulé de trimestres. Notre idée n’était pas de faire de cet emploi un tremplin. Malheureusement, le soutien de Pôle emploi – désormais dédié à des personnes plus jeunes – s’est arrêté en novembre 2020, nous obligeant à ne pas renouveler le contrat de Jules qui, depuis, continue à s’impliquer en tant que bénévole pour ne pas subir l’isolement.

Que retenez-vous de cette expérience en tant qu’employeur ?

L’emploi solidaire a d’abord a permis le financement du poste, ce qui était impossible pour une structure comme la nôtre. De plus, comme dans tout poste d’insertion, il y a deux volets d’accompagnement : un volet très interne, correspondant à l’adaptation de la personne à sa fonction et de progression dans son employabilité, et un volet plus social qui permet de considérer la personne dans sa globalité et de se projeter dans l’après. Cette seconde partie a été prise en charge par les bénévoles SNC et j’ai pu me concentrer sur l’accompagnement de Jules au quotidien. C’était très soulageant pour moi et je trouve très habile que ces deux aspects soient traités par des personnes différentes.

Aujourd’hui, dans notre société, la notion d’employabilité s’est resserrée. Il y a des emplois à pourvoir mais leur accès est loin d’être évident pour toute une catégorie de personnes. Au sein du hameau, sur 39 logements, 8 sont occupés par des personnes qui travaillent : les autres sont loin de l’emploi, en raison de leur fragilité physique ou psychique. Ce type d’emplois permet de donner leur chance à des personnes qui, si elles ne remplissent pas les canons actuels de l’employabilité ont des choses à donner et, surtout, ont envie de travailler.
Le lien avec SNC est maintenu : après cette expérience, nous avons convenu que, si des situations de ce type se représentaient, nous serions prêts à étudier les possibilités d’embauche.

* Le prénom a été modifié.