Luc : « Quand je sors d’un accompagnement, j’ai l’impression d’avoir reçu autant que j’ai donné. »

Ancien directeur territorial de Pôle emploi et bénévole SNC depuis 7 ans, Luc met son expérience professionnelle et humaine au service des personnes éloignées de l’emploi. Entre engagement de terrain, maillage territorial et accompagnements marquants, il revient sur un parcours profondément imprégné d’engagement.

Comment avez-vous connu SNC 

Chacun a sa propre histoire, et la mienne est liée à mon parcours professionnel. Durant mon activité professionnelle, j’étais directeur territorial pour Pôle emploi Loire et Haute-Loire. Dans ce cadre, j’animais des comités de liaison qui m’ont permis de rencontrer des représentants de SNC. J’avais également des amis et des anciennes relations professionnelles qui siégeaient au conseil d’administration de l’association. Nous avons toujours gardé des liens et je suivais de loin les actions de SNC. Dans les mois qui ont précédé mon départ en retraite, je me suis beaucoup interrogé sur ce que j’allais faire ensuite.

À l’époque, Pôle emploi était partenaire de l’association Nos quartiers ont du talent et l’on m’a proposé de devenir parrain de jeunes. Cette expérience a été déterminante : elle m’a fait prendre conscience que j’avais réellement quelque chose à apporter à des personnes. En 2019, au lendemain de ma retraite, j’ai frappé à la porte du groupe SNC de Saint-Étienne et je l’ai rejoint. En 2023, j’ai participé à la fondation du groupe de Saint-Just-Malmont, ma commune de résidence.

Pourquoi êtes-vous devenu bénévole ? Qu’est-ce qui vous a particulièrement plu dans le projet SNC ?

Mon travail m’a permis d’aborder la question du chômage sous différents angles et par ailleurs, je suis adhérent à la CFDT depuis de nombreuses années. J’ai une sensibilité particulière à l’impact du chômage, souvent intimement lié à d’autres problématiques de vie.

J’étais également très convaincu par la méthode d’accompagnement en binôme proposée par SNC. Je la trouve juste et équilibrée. Chacun apporte sa sensibilité et son ressenti, et cette complémentarité permet d’avoir deux regards croisés, de se compléter et de mieux accompagner. C’est, selon moi, une vraie richesse.

Que faites-vous concrètement au sein des groupes ? Que vous apporte cette expérience ?

Mon mot d’ordre, c’est l’engagement, qui, chez SNC, a une exigence particulière par rapport à d’autres formes de bénévolat. C'est pourquoi j'explique aux personnes qui souhaitent nous rejoindre qu’être bénévole à SNC, cela représente à minima six heures par mois. C’est compatible avec une vie bien remplie, mais cela demande un réel engagement humain : il faut avoir une grande patience, de la souplesse, mais aussi un vrai sens de l’écoute et de la bienveillance.

J’accompagne bien sûr des personnes dans leur recherche d’emploi, mais je suis aussi co-responsable du groupe de Saint-Étienne depuis mon arrivée. La place était vacante et j’ai accepté de la prendre, à condition de partager cette responsabilité. Comme pour l’accompagnement, je crois beaucoup à la force du binôme. Nous avons ensuite développé le groupe, recruté de nouveaux bénévoles et renforcé l’ancrage territorial en nouant de nombreux partenariats avec des structures locales. Je m’appuie pour cela sur mes anciennes relations professionnelles, ce qui est très précieux.

Je suis également responsable du groupe de Saint-Just-Malmont, que j’ai donc créé en 2023. Saint-Just-Malmont a une histoire industrielle forte, notamment autour de la rubannerie et du textile, qui faisaient travailler beaucoup de monde. Mais ces activités ont peu à peu périclité et une des entreprises majeures du secteur a fermé. Même si la Haute-Loire est l’un des territoires les moins touchés par le chômage, il m’a semblé évident d’ouvrir un groupe à Saint-Just-Malmont.

Sociologiquement, la Loire et la Haute-Loire présentent des réalités très différentes : la Loire a longtemps été un haut lieu industriel, tandis que la Haute-Loire est davantage agricole et rurale. Ces différences se retrouvent dans les besoins des personnes accompagnées. La question de la mobilité, par exemple, est particulièrement centrale en Haute-Loire, où la voiture est souvent indispensable pour accéder à l’emploi. En plus de l’accompagnement à la recherche d’emploi, nous travaillons donc avec d’autres structures et des communes pour obtenir des aides au permis de conduire ou à la mobilité.

Un souvenir marquant ?

J’en ai beaucoup, mais certains restent particulièrement forts. Pendant la pandémie, les Restos du Cœur de Saint-Étienne m’ont contacté au sujet d’un couple originaire d’Équateur, avec des enfants, qui avait besoin d’aide pour retrouver un emploi. Ils parlaient très peu français. En raison du contexte sanitaire, nous avons fait les rendez-vous d’accompagnement dans un parc public, avec des chaises en plastique, pendant que les enfants jouaient autour de nous. Nous échangions tant bien que mal en espagnol, tout en les aidant à progresser en français. Aujourd’hui, les deux ont retrouvé un emploi et s’y épanouissent.

Je pense aussi à une personne bénéficiaire du RSA, confrontée à de nombreux problèmes de santé, de mobilité et à une contrainte de garde d’enfant. Lors de notre premier rendez-vous, nous avions retravaillé son CV. La veille du deuxième rendez-vous, elle m’a écrit pour m’annoncer qu’elle ne pourrait pas venir… parce qu’elle avait retrouvé un emploi dans la sécurité routière devant les écoles ! Alors que je pensais son retour à l’emploi très difficile, j’ai été bluffé par ce retournement positif rapide. Ce sont des histoires comme celles-là qui marquent profondément.

SNC a une place importante dans le paysage social. Quand je sors d’un accompagnement, j’ai souvent le sentiment d’avoir reçu autant que donné. Cela me remplit d’énergie et nourrit ma bienveillance. Je me sens bien chez SNC, et je suis convaincu que, collectivement comme individuellement, nous portons une force positive qu’il faut chérir. SNC est aussi un lieu de convivialité et de partage, ce qui m’apporte une grande satisfaction.

Enfin, deux choses me paraissent fondamentales à SNC : le partenariat et l’argent. À titre personnel, j'apporte une contribution financière significative car je suis convaincu que la collecte est essentielle à la survie et au développement de l’association.